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Le concerto en ré majeur de Beethoven, suite et fin

mercredi 20 octobre 2010

Marianne, 23 août 1933

Achevons l’examen comparatif, commencé la semaine dernière, des deux éditions (Columbia et Gramo du Concerto de Violon en ré majeur, de Beethoven.

Kreisler ne nous fait jamais souvenir qu’il est virtuose. Il semble retrouver pour son compte personnel la pensée de Beethoven et l’accompagner nativement à travers ses méandres et ses variations.

Je ne suis pas loin de penser que le triomphe de l’art est la variation. En ce cas, ce concerto représenterait un des triomphes de la variation, occupant trois quarts d’heure d’horloge à varier à l’infini trois ou quatre phrases très simples, quelques motifs quasi élémentaires, de cinq ou six notes, dont la nudité mélodique est telle qu’un élève du Conservatoire renoncerait vite à en tirer quelque chose.

Le génie de Kreisler consiste à faire naître, comme spontanément, les phrases et les variations les unes des autres. Chacune de ses clausules et de ses conclusions appelle, semble-t-il, d’une façon irrésistible et inévitable, la naissance de l’idée musicale suivante. Chacun de ses traits est gros de ce qui va venir, nous le fait attendre, et pressentir et désirer.

Léo Blech l’a servi admirablement, en dirigeant son orchestre avec une légèreté, une précision, une discrétion sans égales. Il fait de l’accompagnement symphonique comme une vapeur musicale, une atmosphère rêveuse, où le violon vient se reposer et se réfugier, à la fin de ses longues excursions solitaires.

Ajoutons que les cadences de Kreisler nous semblent plus belles et plus « beethoveniennes » que les cadences de Joachim, reprises par M. Szigeti.

Le Larghetto, qui forme second temps, est d’égale qualité dans les deux éditions. M. Szigeti y est digne des plus vifs éloges : le British Symphony Orchestra y déploie les plus solides mérites. servis par la beauté de l’enregistrement. Quant au Rondo final - cette fête villageoise. d’allure franche et virile, d’une puissante et fraîche poésie -ce rondo sert les dons de Kreisler à tel point qu’aucun rapprochement n’est plus de mise.

La comparaison des deux rentrées d’orchestre, après la cadence qui coupe ce rondo, exprimerait à elle seule, la subtile prééminence de M. Blech et l’orchestre berlinois. Il est difficile d’imaginer sentiment plus juste. vibration plus intime, poésie plus authentique, vérité d’exécution plus accomplie...

Changeons de climat. et signalons aux admirateurs de Marlène Dietrich le bon petit disque Ultraphone où ils retrouveront, enregistrée à la perfection,
la voix de leur idole. Ils y trouveront.
en deux chansons allemandes. Jonny et
Peter, non seulement ses mérites. qui
sont singuliers, je le reconnais. mais ses limites.

Gramophone a eu l’étonnante idée d’imprimer, en deux disques, quelques scènes d’une fade comédie, La Fille à Levy qui s’est jouée a Paris. Le talent de Max Dearly qui est seul à en avoir, dans ces enregistrements ne les sauve pas de la plus attristante vulgarité. .

Jean Richard BLOCH